Jaojoby Eusèbe sur Tananalife

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Interview d’un monument de la musique malgache

Aoe ! Jaojoby Eusèbe, 54 ans, ancien journaliste de la RNM et roi incontesté du Salegy, prépare actuellement la célébration de ses 40 ans de scène. Il prévoit une tournée nationale pour 2010, avec 90 concerts et cabarets. Nous l’avons rencontré entre deux séances de répétition.

Aujourd’hui, vous êtes à peu de choses près l’artiste malgache le plus référencé sur Google. Autant dire qu’Internet est avec vous…

Je suis un illettré. Effectivement, beaucoup de personnes que je les connaisse ou non écrivent énormément de choses sur moi et les mettent en ligne. Je suis peut-être référencé sur Google mais votre Internet « de jeunes là », je ne sais pas, ça me dépasse !

Jaojoby et les nouvelles technologies font deux alors ?

J’utilise le mot illettré pour reprendre l’expression sur la maîtrise des nouvelles technologies. Mais j’ai fait sociologie à l’université d’Antananarivo et j’ai suivi des formations journalistiques continues depuis 1980. J’ai même eu une bourse de formation en RDA en 1988 avec entre autres Tahitsy Gilbert. Pour en revenir aux nouvelles technologies, prenons l’exemple de la musique électro. Je ne maîtrise pas ce genre de musique, peut-être parce que je suis un puriste illettré. La musique est une réalité humaine qui vibre et que des hommes font vivre, ce n’est pas une suite de sons programmés par une machine.

Que pouvez-vous dire de la célébration de vos 40 ans de scène prévue pour 2010 ?

L’année où je me suis pour la première fois emparé d’un microphone remonte à 40 ans, même si la formation Jaojoby n’a vu le jour qu’en 1988. La tournée de 2010 est organisée en coproduction avec l’agence Tazako. Je prévois 90 dates réparties sur tout le territoire et qui s’étalent sur 6 mois, partant de Tsihombe, remontant vers le nord et finissant dans la région de Sambava, où je suis né.

Cette tournée est également pour vous l’affirmation de votre engagement en tant qu’artiste citoyen ?

Modestie mise à part, le rythme que je joue est fédérateur des valeurs musicales malgaches. L’Orija à Fianarantsoa, le Mangaliba et le Banaiky de l’Anosy ont la même mesure rythmique que mon Salegy. Je souhaiterai aller au fin fond de la « brousse » pour partager avec ces gens l’unité musicale malgache. J’en profiterai pour faire la promotion des artistes locaux, aller à leur rencontre, les enregistrer et reconstruire un patrimoine musical malgache perdu depuis l’incendie de la RNM.
Je remettrai ensuite les enregistrements au Ministère de la culture.

Jaojoby, le mot de la fin ?

Aoe ! Souvenez-vous de vos racines, préservez votre malgachéité. Cela fait 40 ans que je le dis, sans conservatisme culturel, mais dans une idée de développement commun.

Tony Rakoto

Administration